III- a. Le premier solo: Mary Wigman

              Le dernier procédé d’intégration dont nous allons parler est l’affirmation des femmes en temps qu’auteure, c’est à dire comme chorégraphe. Car en effet, même si, jusqu’à la première guerre mondiale, le rôle des femmes était de danser les idées des chorégraphes masculin, a partir de 1914, elles revendiqueront enfin leurs idées, et s’affirmeront comme femmes pensantes.

             Tout va commencer par Mary Wigman, née en 1886, et morte en 1973, danseuse allemande, connue pour son excellence dans la création de solo, mais aussi pour être l’un des pionnier de la danse libre. La « danse libre » ou « danse expressive » est une technique qui rompt avec les codes de la danse classique. Cette technique expérimente en principal la pesanteur et la respiration (travail au sol), et est le point de départ de la « danse moderne ». Elle a aussi travaillée avec des grands de la danse tel Laban.

Son solo « La danse de la sorcière » (ci-dessous), en 1914, est le premier solo composé et interprété par une femme. Il rompt avec la tradition classique : corps courbé, bras tendu, comme si elle était sous l’emprise d’une puissance invisible. Ses mouvements sont brusques et dénué de toute grâce. Elle veut sa danse comme ressenti de l’intérieur, et non comme une production de mouvements accumulés.

            A cette époque, même si les femmes étaient majoritaires sur scène, comme interprètes, les chorégraphes, producteur de spectacles, etc… étaient des hommes. Ce solo, composé par Mary Wigman elle-même, est donc une révolution, mais peut aussi être considéré comme la traduction d’un ras-le-bol d’être sous la direction de chorégraphes certes, mais surtout, de chorégraphes masculins.C'est aussi une nouveauté car dans ce solo, Mary Wigman exprime ce qu'elle a d'interrieur, ce qu'elle ressent. Elle affiche son « moi », et donc toutes les émotions qui lui appartiennent.

           Son engagement comme chorégraphe expressionniste aussi est révolutionnaire de la part d’une femme. En effet, même si elle compose pour les jeux olympiques de Berlin en 1936, pendant la guerre de 1939-1945, Mary Wigman se veut indépendante du parti nazi, et continu à produire une danse libre, ce qui conduit à son étiquettage comme artiste dégénéré, et, aussi, à la destruction de son école, qu’elle avait installée à Berlin.

           Mary Wigman est donc une artiste s'affirmant, et affirmant (sans les montrer toutefois) ses idées féministes, dans sa danse, mais aussi par sa danse.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site